Ben Pritchard pour Augustinus Bader

Ben Pritchard pour Augustinus Bader

14 May 2018

Si la carrière de l'avironneur Ben Pritchard en dit déjà long sur le potentiel du corps humain, c'est à travers son parcours personnel et sa résilience face à l'adversité qu'il nous livre les plus précieux enseignements. 

Plus à l'aise sur les routes que dans l'eau à ses débuts, Ben était un jeune espoir du cyclisme britannique, jusqu'à ce qu'un accident survenu lors d'une course en 2016 endommage gravement sa colonne vertébrale. Paralysé de la cage thoracique jusqu'aux pieds, il a su se reconvertir pour canaliser sa nature compétitive. Aujourd'hui, c'est à nouveau un athlète accompli au sein de l'équipe d'aviron paralympique de Grande-Bretagne. 

Nous avons rencontré Ben pour parler adaptabilité, résilience et dépassement de soi face aux événements qui changent le cours de nos vies. 

Le corps est... 

Tout simplement incroyable. Il est capable de se transformer et de faire tout ce que vous lui demandez de faire. Les humains sont équipés pour marcher, pas pour se déplacer à la force de leurs bras. Pourtant, comme vous pouvez le voir, depuis que j'ai perdu la faculté de marcher, mon corps s'est adapté pour me permettre de mener une vie normale. C'est une capacité universelle du corps humain, pas seulement la mienne. Notre corps est capable de s'adapter et de se transformer de façon incroyable. J'ai été très gravement blessé, et un an plus tard je m'entraîne à nouveau en équipe professionnelle. Même quand on pense toucher le fond, le corps trouve le moyen de changer et de vous emmener plus loin. 

 

Repousser les limites du corps 

Mon accident m'avait privé de l'endurance et de l'effort physique dont j'avais l'habitude dans ma vie d'athlète. Quand on me demande pourquoi j'aime l'aviron, je réponds que c'est le goût du sang que l'on a dans la bouche après un énorme effort. Le fait de repousser ses limites physiques à tel point que les poumons exhalent un goût acide, comme un goût de fer dans la bouche. C'est ce que j'aime dans l'aviron. C'est ce qui me pousse à me dépasser et à repousser mes limites toujours plus loin. 

 

Quand l'effort physique libère 

Dans la vie quotidienne, je suis une personne plutôt timide avec quelques complexes, mais dans le sport je ne ressens pas cette gêne. Je sais que je suis dans mon élément et je suis plus satisfait de moi-même, de mes performances et de mon apparence. J'ai beaucoup plus confiance en mon corps dans la pratique sportive que par ailleurs. 

Une vision holistique de l'entraînement sportif 

Je dis toujours qu'un bon entraînement sportif repose sur trois piliers. Le premier est la condition physique : l'entraînement sportif, la salle de sport, la nutrition. Ensuite, il y a le pilier mental, qui implique de stimuler son cerveau et de profiter de la vie. Enfin, il y a la souplesse et le travail des muscles profonds. Il ne s'agit pas simplement d'enchaîner les exercices pour obtenir un corps parfait. Il faut que l'ensemble soit cohérent. Prendre soin de sa peau, être attentif à la manière dont on mange, à la qualité de notre sommeil, etc. Tout est lié, c'est pourquoi il faut tenir compte de chaque pilier individuellement. 

 

L'école de la vie 

Avant mon accident, le cyclisme était toute ma vie, c'était ma passion et ça l'est toujours. J'adore les vélos, la sensation qu'ils procurent, le bruit qu'ils font. Le cyclisme est ma passion et j'ai bien cru que ma vie était terminée après mon accident. J'ai passé beaucoup de temps à l'hôpital à me demander pourquoi ça m'était arrivé. Cet accident m'a appris à m'apprécier tel que je suis, c'est le plus bel enseignement que j'en ai tiré. J'ai passé trois mois à me demander qui j'étais et quel était le sens de ma vie. J'en suis sorti plus à l'aise avec moi-même que je ne l'étais avant l'accident. Je pense que c'est un magnifique enseignement à tirer d'une situation si douloureuse : apprendre à s'apprécier tel qu'on est. 

 

Si je pouvais parler à mon moi antérieur, je lui dirais : ne t'inquiètes pas de ton image, ne t'inquiètes pas de ton apparence physique, sois heureux tel que tu es. J'ai passé beaucoup de temps à m'interroger à l'hôpital et aujourd'hui, je suis plus confiant que je ne l'avais jamais été avant. Cet événement m'a donné le temps de découvrir qui j'étais vraiment.